Reflets

Fragments de journal, bribes de pensée

Ci-dessous, un ensemble de passages reflétant différentes strates de la démarche Gesternwart. Chaque série provient de textes ou notes divers, réorganisés en courts extraits, parfois accompagnés d'une brève résonance.

Série 1

Fragment 1

« Tout est mouvement. Mouvements ensemble : pensée, stabilité que seul le mot ou la pensée peut produire. »

La pensée, en voulant stabiliser, révèle la dynamique constante de l'existence.

Fragment 2

« Accélération perpétuelle. La question n'est pas qu'il y ait quelque chose, mais que le tout du mouvement se prolonge… des mouvements d'accélération et d'accélération d'accélération… sans relâche. »

Une spirale où l'acte de penser, de vivre, de créer semble s'emballer sans repos possible.

Fragment 3

« Je vous demande de croire que je crée. Je vous demande de croire que j'ai créé. »

L'acte de création se déploie sur un double registre : besoin de l'autre pour valider, foi dans le geste accompli.

Fragment 4

« L'équation de l'art. J'y suis seul, et rien n'a jamais été résolu de mes peurs, mon égarement, mon abandon. »

L'espace artistique demeure un refuge où l'on affronte sa propre énigme, sans assurance de résolution.

Fragment 5

« Chaos & temps. Le temps est la seule forme qui permette de tenir ensemble le chaos, l'Ouvert et notre pensée. »

Au cœur de la multiplicité informe, le temps joue le rôle d'armature, rendant possible l'expérience humaine.

Fragment 6

« Le chaos, le désastre. Le chaos est partout. Un pur désastre. Il n'y a que ce qu'on veut ajouter qui souffre. »

Le monde se donne comme un champ indifférencié. La souffrance naît de nos tentatives pour y imposer une forme.

Fragment 7

« Ne pas être synchrone de rien. »

Sentiment de décalage, d'un temps disjoint, où l'individu se sent toujours hors phase du monde.

Série 2

Ascèse de l'inconnu

« Il faut, à chaque tentative, un abandon (provisoire) de son être au monde, pour se glisser dans une forme de virtualité, où l'on ne peut plus garder forme humaine. »

Entrer en pensée profonde, c'est se déprendre de soi, frôler une inhumanité féconde.

L'impossible qui accomplit

« Apprivoiser le sentiment de frustration et accepter l'impossibilité de capturer ce qui passe mène paradoxalement à la possibilité de l'accomplir. »

Le renoncement à saisir crée l'espace même où l'inouï peut advenir.

Vaciller l'unité

« Il y a une nécessité de faire vaciller l'unité de l'être, pour voir vibrer et se déformer un peu l'image de soi… alors il y a possibilité de surgissement, de création. »

La création naît d'une faille, d'un ébranlement où l'identitaire se fend et laisse surgir du neuf.

Retour à l'arbre

« Quand plus rien ne peut rester debout en moi, il reste le mouvement d'un arbre, patient, qui me dit que la vie est encore là. »

Au fond du désarroi, la simple présence végétale reconfigure notre rapport au temps et à l'espoir.

L'art comme combat dans l'impossible

« C'est dans cet impossible que l'art doit œuvrer, et se tenir, car il apparaît que c'est en son cœur qu'il peut livrer le combat produisant l'inouï. »

L'"impossible" est le terrain même de l'art : c'est là qu'il combat, pour faire naître ce qui n'existait pas.

Série 3

Génome du temps

« Savoir faire des idées aussi virales que le virus… une idée, belle et puissante, c'est un autre virus, dessinant son génome du temps. »

Les pensées se propagent à leur rythme, contournent les frontières et fécondent en secret.

Gesternwart

« Les Allemands ont Gegenwart. Ici, forger Gesternwart (hier + présent). Stern veut dire Étoile. Tout cela est gratuit. »

Jouer avec la langue, c'est ouvrir des constellations temporelles. Hier, présent, étoile : le mot engendre son propre cosmos.

Le mouvement de l'arbre

« Imaginer chaque geste d'une branche comme absolument irréductible. Peut-être apprendrions-nous enfin à marcher de la même façon. »

Regarder l'arbre danser, puis apprivoiser notre propre marche, pas après pas, comme un renouvellement permanent.

Un architecte doit être métaphysicien

« Dans un espace limité, créer des lieux qui ont cette vertu d'être des tout… Faire dessiner le temps, lui en fournir les outils. »

Un bâtiment peut contenir l'illimité. Et tout geste architectural affronte la question du temps et de l'échelle.

L'arbre prend-il plaisir à dessiner ?

« Sans doute pas. Il est dans la joie du mouvement de sa ramure… et agite un crayon noué par une ficelle. »

Pour l'arbre, ce geste n'est qu'une modalité de son être ; nous seuls y percevons l'œuvre.

Il faut imaginer un génome du temps

« On ne pourrait pas déduire le moindre instant dans l'avenir de ce qu'on observe… et pourtant se révèle un tout, étrangement familier. »

L'infinie variété du vivant ou du mouvement crée toujours une forme. L'architecture du temps s'y lit en creux.